Les femmes Mursis

L’ethnie Mursi est une tribu primitive isolée dans le sud de l’Ethiopie, au bord du fleuve Omo. Les femmes de l’ethnie Mursi portent un plateau dans la bouche. C’est une grande spécialité de cette ethnie.

 C’est un des derniers peuples d’Afrique dont les femmes portent encore des ornements labiaux et auriculaires en forme de disques plats, d’où leur surnom de « femmes à plateau ».

La motivation originale de cette tradition était de devenir « laide » pour éviter d’être enlevée et réduite en esclavage par les autres ethnies. Le plateau est peu à peu devenu le symbole du courage et de la beauté de l’ethnie. Vers l’âge de 10 ans, les jeunes filles se font enlever les incisives inférieures, et percer la lèvre. Cet orifice est élargi au fil des années par l’introduction de petits cylindres de bois de plus en plus grands, jusqu’à l’obtention de la dimension souhaitée. Ce cylindre est finalement remplacé par un plateau d’argile fabriqué et décoré par celle qui le porte, qu’elle arborera fièrement en présence de son mari et de ses fils.

 Le port du plateau est un signe distinctif des femmes appartenant à une caste supérieure dans la tribu, et la largeur du plateau correspond à l’importance de la dot exigée par la famille de la jeune fille auprès des prétendants.

La polygamie est habituelle, mais chaque femme a sa propre case, avec ses enfants. Pour le père, avoir des filles est une rente, chacune d’elle représentant en termes de dot un gain de vingt à trente vaches (patrimoine assurant la survie de la tribu) et une ou deux Kalachnikov ! Chez les Mursi, contrairement à leurs voisins (les Hamer, les Surma, les Bona…), les femmes ne sont pas excisées.

 La liberté sexuelle est la règle pour les filles jusqu’à la date du « mariage », vers 16, 17 ans. Mais avoir un enfant dès l’âge de 12 ans n’est pas inhabituel ! Elles accouchent dans la forêt, ceci expliquant la forte mortalité maternelle et infantile. Les femmes d’un même « mari » peuvent habiter dans des villages différents.

 Quand les femmes atteignent l’âge de se marier, elles se font inciser la lèvre inférieure et y insèrent un labret de plus en plus grand pour la distendre petit à petit. Le plateau labial peut atteindre 20 cm de diamètre insérés dans leur lèvre inférieure. En terre cuite, ces plateaux en forme de poulie sont décorés de motifs géométriques variés et parfois peints. La taille est à la mesure de la dot exigée par la famille des jeunes filles à marier et de leur rang social. Elles portent un pagne en peau de vache ou de chèvre et sont parées de colliers de perles multicolores ou faits de coquillages et de bracelets en fers (bras et chevilles).

 « On raconte que le plateau labial servait à enlaidir les femmes pour dissuader les guerriers des tribus voisines de les enlever, avance Benoît Feron. Mais avec le temps, c’est devenu un symbole de beauté et de prestige : plus la femme est importante au sein de la tribu, plus le plateau est grand. »